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Le futur du management : quelles compétences clés pour les dirigeants ?

Formation continue

Publié le 30 mars 2026

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Le management à un point de bascule

Il y a encore quelques années, la question du management ne se posait pas vraiment en ces termes. On pouvait discuter d’outils, de méthodes, d’organisation, parfois de leadership, mais le cadre général restait stable. Manager, c’était tenir une ligne, fixer des objectifs, s’assurer que les équipes avancent. Ce cadre a longtemps rassuré. Il donnait des repères clairs, autant aux dirigeants qu’aux managers de proximité.

Aujourd’hui, ce cadre ne disparaît pas, mais il se fissure. Et ce sont souvent les dirigeants eux-mêmes qui le ressentent en premier. Ils continuent à décider, à arbitrer, à porter la responsabilité finale, mais avec le sentiment diffus que les leviers habituels ne produisent plus tout à fait les mêmes effets. Les organisations avancent dans un environnement plus instable, plus fragmenté, où les réponses simples sont rares et où les équilibres se déplacent vite.

Parler du futur du management, ce n’est donc pas se projeter dans un horizon lointain ou théorique. C’est mettre des mots sur une réalité déjà bien présente. Celle d’un rôle de dirigeant devenu plus exposé, parfois plus solitaire aussi, parce qu’il faut composer avec des injonctions contradictoires. Être performant tout en restant responsable. Aller vite sans perdre le sens. Laisser de l’autonomie tout en garantissant un cadre. Ces tensions ne se résolvent pas par des recettes, elles se travaillent au quotidien.

Ce qui change profondément, c’est la base même de la compétence managériale. Longtemps, elle a été associée à l’expertise, à la capacité à savoir, à maîtriser les sujets. Aujourd’hui, elle se déplace vers autre chose. Vers la capacité à accepter de ne pas tout savoir. À créer les conditions pour que les équipes puissent réfléchir, décider, parfois se tromper. Le dirigeant n’est plus seulement celui qui apporte des réponses, mais celui qui pose les bonnes questions, au bon moment.

Si le leadership questionne la posture et la vision, qui on est en tant que dirigeant, le management interroge la pratique : comment on organise, décide, fait fonctionner une organisation au quotidien. Les deux sont liés, mais ce sont deux niveaux distincts. Cet article s'intéresse au second : les compétences managériales concrètes, celles qui s'exercent dans les réunions, les arbitrages, les dynamiques d'équipe.

Des organisations sous tension : IA, management hybride et transformation

Les défis auxquels font face les organisations rendent ce déplacement particulièrement visible. L’intelligence artificielle, par exemple, est souvent présentée comme un sujet technologique. En réalité, elle vient surtout bousculer la manière dont les décisions sont prises. Les outils fournissent des analyses, des recommandations, des scénarios. Mais ils ne prennent pas la décision à la place du dirigeant. Et surtout, ils n’en assument pas les conséquences. C’est là que le rôle humain du management réapparaît, parfois de façon très concrète.

Les dirigeants semblent l'avoir compris : selon une étude Korn Ferry (2025), 71 % des CEO estiment que l'intelligence artificielle renforcera leur valeur en tant que leader dans les trois prochaines années. L'IA n'est pas perçue comme une menace pour le rôle du dirigeant, mais comme un amplificateur, à condition d'avoir les bons repères pour la piloter.

Travail hybride et nouvelles dynamiques collectives

Le travail hybride a, lui aussi, changé la donne. Beaucoup de managers en font l’expérience : on ne “voit” plus le travail de la même manière. Les signaux faibles sont plus difficiles à capter. L’engagement ne se lit plus dans la présence ou dans le temps passé au bureau. Il faut apprendre à écouter autrement, à faire confiance plus tôt, à clarifier ce qui était auparavant implicite. Ce n’est pas toujours confortable, mais c’est indispensable désormais.

Le management hybride redéfinit les compétences comportementales attendues, les soft skills devenant aussi déterminantes que l'expertise technique.

Enjeux environnementaux et sociaux : des arbitrages managériaux complexes

Enfin, les enjeux environnementaux et sociaux s’imposent désormais dans les décisions managériales, souvent sans prévenir. Ils obligent à regarder plus loin que le prochain trimestre, à accepter que certaines décisions aient un coût immédiat pour préserver un équilibre à long terme. Là encore, il n’y a pas de réponse toute faite. Il y a des arbitrages, des choix, parfois difficiles, qui engagent la crédibilité du dirigeant et la confiance des équipes.

Apports académiques et terrain : ce que vivent réellement les dirigeants

Quand on échange avec des dirigeants aujourd’hui, une chose frappe assez vite. Ils parlent rarement de compétences au sens strict. Ils parlent plutôt de situations. De décisions prises avec des informations incomplètes. De moments où il a fallu trancher sans être certain d’avoir raison. De cette impression, parfois, d’avancer sans carte parfaitement lisible.

Les apports de la recherche en management rejoignent souvent ces récits, mais sans les formuler de la même manière. Ils montrent que les dirigeants qui tiennent dans la durée ne sont pas nécessairement ceux qui savent tout, ni ceux qui ont toujours une réponse immédiate. Ce sont plutôt ceux qui acceptent de prendre du recul, de relier des éléments épars, de faire des choix imparfaits mais assumés.

Beaucoup racontent aussi un déplacement intérieur. À un moment de leur parcours, ils ont compris que leur valeur ne se jouait plus seulement dans leur expertise. Ce qui avait fait leur légitimité auparavant, savoir, maîtriser, contrôler, devenait parfois insuffisant, voire contre-productif. Il fallait apprendre à faire autrement. Laisser plus de place aux équipes. Accepter que certaines décisions émergent collectivement. Supporter l’idée que tout ne repose plus sur eux seuls.

Dans ce contexte, la dimension humaine du management prend une place particulière. Non pas comme un discours ou une posture attendue, mais comme une réalité quotidienne. Écouter un collaborateur en difficulté. Sentir qu’une équipe décroche avant que cela ne se voie dans les indicateurs. Créer un espace où l’on peut dire les choses sans crainte. Ce sont souvent ces moments-là qui font la différence, même s’ils restent largement invisibles.

Ce que cela change, concrètement, dans les rôles au quotidien

Pour les dirigeants, cette évolution s’accompagne souvent d’un sentiment de tension permanente. Il faut tenir le cap, tout en acceptant que le chemin ne soit pas parfaitement tracé. Assumer des décisions lourdes, tout en laissant de la place à l’autonomie. Beaucoup parlent d’un rôle devenu plus exposé, parfois plus solitaire, où il faut apprendre à vivre avec le doute sans le laisser paralyser l’action.

Le Global Leadership Forecast 2025 (DDI), conduit auprès de près de 11 000 leaders et 2 000 professionnels RH, dresse un tableau sans détour : les dirigeants rapportent une hausse significative du stress et une baisse du sentiment de sens dans leur rôle. Ce que beaucoup ressentent de manière diffuse, les données le confirment.

Les managers, eux, se retrouvent en première ligne. Ils absorbent une grande partie des tensions de l’organisation. Ils doivent composer avec des équipes aux attentes diverses, maintenir l’engagement, réguler des situations humaines parfois complexes. Ce travail est exigeant. Il demande du temps, de l’énergie, et une attention constante. Pourtant, il est souvent peu visible et rarement reconnu à sa juste valeur.

Les fonctions RH occupent une position délicate dans cet ensemble. On attend d’elles qu’elles accompagnent ces transformations, sans toujours leur donner les moyens ou le temps nécessaires. Elles sont sollicitées pour aider à développer des compétences, mais aussi pour soutenir des évolutions de posture, parfois profondes. Cela suppose de créer des espaces où les managers et les dirigeants peuvent réfléchir à leur pratique, prendre du recul, partager leurs difficultés, sans être immédiatement dans une logique de performance ou d’évaluation.

Développer les compétences : prendre le temps de regarder ce que l’on fait

Quand on parle de développement des compétences, beaucoup de dirigeants ont le même réflexe. Ils pensent à des formations, à des agendas déjà trop pleins, à des dispositifs qu’il faut caser entre deux urgences. Et souvent, ils se disent qu’ils n’ont pas vraiment le temps pour ça. Ou que ce n’est pas le bon moment.

Pourtant, ce que beaucoup racontent, c’est autre chose. Ils parlent surtout d’un besoin de recul. Du besoin de comprendre pourquoi certaines situations se répètent, pourquoi certaines décisions pèsent plus que d’autres, pourquoi le management semble parfois plus fatigant qu’avant. Pas parce qu’ils ne savent pas faire, mais parce que les repères ont bougé.

Développer ses compétences managériales, aujourd'hui, ce n'est pas ajouter une couche de savoir. C'est travailler des compétences précises : la pensée stratégique et la capacité d'arbitrage dans la complexité, le leadership éthique et responsable, l'intelligence émotionnelle et l'écoute active, la capacité à piloter des équipes hybrides, l'exploitation stratégique de l'IA et la data literacy, ou encore les compétences collaboratives et le management de la confiance. C'est apprendre à relire sa propre pratique.

Ce travail demande un certain courage. Celui d’accepter de ne pas toujours avoir raison. Celui de reconnaître que l’on fait parfois “comme avant”, même quand on sent que cela ne fonctionne plus tout à fait. Mais c’est aussi un travail profondément utile, parce qu’il permet de retrouver de la justesse dans l’action et de redonner du sens à son rôle.

Prendre du recul avec l’Executive Education SKEMA

C’est précisément ce que recherchent beaucoup de dirigeants lorsqu’ils s’engagent dans un programme d’Executive Education. Pas des réponses toutes faites. Pas des solutions clés en main. Mais un espace où l’on peut souffler, réfléchir, confronter ses expériences à celles d’autres dirigeants qui vivent, eux aussi, des situations complexes.

Chez SKEMA, l’Executive Education s’inscrit dans cette logique. Les apports de la recherche ne viennent pas expliquer la réalité de l’extérieur, mais aider à mieux la comprendre. Mettre des mots sur ce qui est parfois ressenti de manière diffuse. Ouvrir des pistes, sans jamais imposer une seule manière de faire.

Dans un quotidien souvent dominé par l’urgence, prendre ce temps peut sembler secondaire. Il ne l’est pas. Beaucoup de dirigeants disent, après coup, que ces moments de recul leur ont permis de décider autrement, d’écouter différemment, de retrouver une forme de clarté dans des situations devenues floues.

Se former, dans ce contexte, n’est pas une parenthèse. C’est une manière de rester lucide, de ne pas subir les transformations, et de continuer à exercer son rôle avec attention, cohérence et humanité.

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