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Jennifer Takhar : quand les marchés investissent l’intime et le vivant
Jennifer Takhar enseigne le marketing sur le campus de Lille. Rattachée à l’Académie de Transformation et au centre de recherche Marketing Interactions (MINT), elle développe des recherches à la croisée du marketing, de la sociologie et des cultural studies. Ses travaux interrogent les transformations des marchés à l’heure des biotechnologies, du numérique et des nouvelles formes de consommation liées au corps et à la santé.
Pouvez-vous revenir sur votre parcours académique et les grands thèmes qui structurent aujourd’hui vos recherches ?
Je suis une chercheuse interdisciplinaire, à l’intersection du marketing, de la sociologie et des cultural studies. Mon parcours combine théorie critique et recherche empirique sur les marchés et les pratiques de consommation. Mes travaux s’articulent autour de plusieurs thèmes : les cultures de consommation, les processus de construction identitaire, les rapports de pouvoir dans les marchés, les théories de la persuasion, la théorie littéraire et les implications socioculturelles des technologies émergentes, en particulier dans le contexte du capitalisme contemporain.
Quelles sont les questions qui occupent actuellement vos recherches ?
Je m’intéresse aujourd’hui à la manière dont les marchés sont reconfigurés par les biotechnologies et les technologies numériques. Plusieurs questions guident mes travaux : comment les consommateurs s’approprient-ils les innovations biotechnologiques, comme les technologies de fertilité ou les services génétiques ? De quelle manière les plateformes numériques transforment-elles les pratiques de consommation, les subjectivités et la création de valeur ? Comment les marchés organisent-ils des expériences intimes et corporelles, notamment dans les domaines de la reproduction et de la santé ? Et enfin, quelles tensions éthiques et sociales apparaissent lorsque le vivant lui-même devient un espace d’échange économique ?
Vous avez créé en 2026 le collectif de recherche Repro Mark : quelle est l’ambition de cette initiative ?
J’ai officiellement créé le groupe de recherche Repro Mark en mars 2026, avec l’impulsion de collègues et amis britanniques, même si cette idée m’accompagnait déjà depuis près de huit ans. Repro Mark est une initiative collaborative consacrée à l’étude de la commercialisation de la reproduction humaine. Le collectif réunit des chercheurs qui s’intéressent à la manière dont des processus comme le don d’ovocytes, la gestation pour autrui ou les services liés à la fertilité sont structurés par des logiques de marché.
Quels sujets ce collectif cherche-t-il à explorer ?
Nous travaillons notamment sur la marchandisation du travail reproductif et des corps, sur les inégalités et les dynamiques globales des marchés de la fertilité, sur le rôle des technologies dans la transformation de la reproduction, ainsi que sur les débats éthiques, politiques et culturels qui traversent ces marchés.
Jennifer Takhar est à l'origine de deux ouvrages :