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Mission Possible : de retour à Saint-Nazaire, dix étudiants SKEMA racontent leur traversée de l'Atlantique à la voile
Ils étaient partis de Baltimore, sur la côte Est des Etats-Unis, de retour de leur semestre sur le campus de Raleigh, le 6 mai dernier avec des mines réjouies, des regards parfois impressionnés face aux caractéristiques hors-normes du cargo Neoliner Origin et une question en tête : peut-on imaginer la mobilité étudiante internationale autrement ?
Des pionniers, tout simplement. Dix-neuf jours plus tard, après une escale à Saint-Pierre-et-Miquelon et près de 4 500 miles nautiques parcourus à bord du Neoliner Origin, les dix étudiants de SKEMA Business School engagés dans le projet au long cours, Mission POSSIBLE, ont retrouvé la terre ferme à Saint-Nazaire, en Loire-Atlantique.
Accompagnés par Bertrand Groslambert, professeur de finance à SKEMA, sur le campus de Sophia Antipolis, les étudiants sont revenus de leur semestre d'échange sur le campus de Raleigh, en Caroline du Nord. Ce voyage retour n'avait, pour ainsi dire, rien d'ordinaire. Pensé comme une expérimentation grandeur nature, il visait à interroger la place de l'avion dans les mobilités internationales (et étudiantes) et à explorer des alternatives plus sobres en carbone.
Une idée née il y a plusieurs années
À l'origine du projet se trouve une intuition portée par Bertrand Groslambert dès 2021 : transformer un simple retour d'échange universitaire en véritable terrain d'étude. Lorsque l'idée est présentée à Alice Guilhon, directrice générale de SKEMA Business School, le projet reçoit rapidement un soutien favorable.
Il prendra ensuite forme grâce à l'implication des équipes de SKEMA, de Sailcoop, de NEOLINE ainsi que de plusieurs partenaires parmi lesquels la Fondation Riché, les assurances HEYME et la communauté SKEMA Alumni. "Sans vous, il n'y avait pas de projet. Avec vous, ce projet a été une réussite incroyable", a résumé Bertrand Groslambert dans un message adressé aux étudiants dès leur arrivée.
Un laboratoire flottant sur l'Atlantique...
À bord du Neoliner Origin, les étudiants ont découvert le quotidien du transport maritime, partagé la vie de l'équipage et observé les performances d'un navire conçu pour réduire les émissions en gaz à effet de serre grâce à sa propulsion vélique. Pour Louise-Marie Croizet, étudiante en Global BBA, l'expérience a permis de toucher du doigt les transformations en cours dans le transport maritime. "Comprendre comment le secteur maritime peut se réinventer. Le Neoliner Origin en est l'exemple même", écrit-elle dans son retour d'expérience.
Le moment le plus symbolique de la traversée reste sans doute celui où les moteurs ont été coupés pour laisser la place au vent. Dans son carnet de bord, Baptiste Lavenir Aleonard, étudiant en M1 PGE, le raconte avec ces mots : "Nous avons donc coupé les moteurs car la propulsion vélique suffisait. C'est un moment marquant car depuis lors, la traversée prend tout son sens."
Mon téléphone a englouti les 5 Go d'internet en deux jours
Certains jours, le navire avançait grâce à ses voiles, consommant seulement le carburant nécessaire à l'alimentation des équipements de bord. Une démonstration concrète du potentiel de la propulsion vélique pour le transport maritime de demain.
Une ode au temps long et à la déconnexion
Impossible d'évoquer Mission POSSIBLE sans parler du rapport au temps qu'a imposé l'océan. Pendant près de trois semaines, les notifications ont laissé place aux conversations, aux lectures, aux jeux de société, aux observations de dauphins et de baleines ou encore aux longues soirées passées à regarder les étoiles depuis le pont du navire. "Sur le bateau, le temps s'est arrêté", retranscrit Baptiste Lavenir Aleonard dans son journal de bord et d'ajouter : "Je suis à 100 % dans le présent."
La déconnexion n'était d'ailleurs pas toujours un choix. "Mon téléphone a englouti les 5 Go d'internet en deux jours", raconte-t-il avec humour. Mais cette coupure avec le quotidien s'est transformée en l'un des enseignements majeurs du voyage. Pour beaucoup, cette parenthèse a permis de redécouvrir un luxe devenu rare : prendre son temps. "Ne voir que l'océan à perte de vue, croiser des dauphins et une baleine en plein Atlantique, partager ces instants avec des personnes formidables. Certaines images ne s'effacent pas", résume Baptiste.
Une aventure collective, au milieu du superbe
Au fil de la traversée, les étudiants décrivent la naissance d'un collectif soudé. "Il n'y a pas de petits groupes mais un grand groupe. Nous sommes tous bienveillants les uns envers les autres", note Baptiste Lavenir Aleonard. Les journées s'organisent autour des repas partagés avec l'équipage, des parties de Catan ou de Dixit, des quiz, des séances de sport improvisées sur le pont, face au superbe paysage de l’océan, des discussions jusqu'à la tombée de la nuit ou encore des observations de dauphins et de baleines.
Après plusieurs jours entourés par l'océan, l'escale à Saint-Pierre-et-Miquelon a constitué l'un des moments forts de l'aventure. Les étudiants ont retrouvé leurs proches par téléphone, parcouru l'archipel lors d'une randonnée de 11 kilomètres et profité de quelques heures à terre avant de reprendre la mer.
"Là, on s'est vraiment rendu compte qu'on y était", raconte Lilou Lafont dans son carnet de bord. L'arrivée de la douane française et le tampon de Saint-Pierre-et-Miquelon sur les passeports ont donné à cette parenthèse un goût particulier. À mesure que les jours passaient, le navire est devenu bien plus qu'un moyen de transport. Un lieu de vie. Une salle de classe flottante. Presque une seconde maison. "Le Neoliner Origin aura toujours une place dans notre cœur", écrit Lilou quelques jours avant l'arrivée.
Une expérience à faible empreinte carbone
Au-delà de l'aventure humaine, Mission POSSIBLE constituait aussi une expérimentation environnementale. Selon les estimations réalisées à partir des données du bord et des échanges avec l'équipage, la traversée Baltimore-Saint-Nazaire aurait généré environ 5 kg de CO₂ équivalent par passager.
À titre de comparaison, un trajet aérien transatlantique entre New York et Paris représente environ une tonne de CO₂ équivalent par passager, soit près de 200 fois plus. Sur cette traversée, le Neoliner Origin aurait consommé environ 60 % de moins qu'un cargo conventionnel. Rapportées au transport de passagers, les émissions sont estimées à environ 0,8 gramme de CO₂ équivalent par kilomètre et par personne, contre près de 200 grammes pour l'avion.
Et maintenant ?
L'arrivée à Saint-Nazaire marque la fin de la traversée, mais pas celle du projet. Exposition photo, podcasts, témoignages, retours d'expérience et productions réalisées pendant le voyage permettront dans les prochains mois de partager les enseignements de cette aventure. Pour Bertrand Groslambert, l'expérience a démontré qu'il était possible de transformer un trajet retour en véritable projet pédagogique, humain et scientifique. Pour les étudiants, le souvenir sera sans doute plus simple.
Des dauphins dans l'étrave. Une baleine aperçue au large. Une cabane construite dans le salon passagers. Des couchers de soleil sur l'Atlantique. Dix-neuf jours hors du temps.
Les dix participants à l'aventure étaient Louise-Marie Croizet, Baptiste Lavenir Aleonard, Chloé Bétant, Enza Reffuveille, Keo Rollin, Thomas Dosset, Aldric Lamodière, Éloïse Vuillemin, Jules Rousseau et Lilou Lafont.