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Compétences de demain : anticiper la transformation des métiers et des organisations
Les compétences de demain sont l'ensemble des aptitudes techniques, humaines et de leadership qui permettront aux organisations de rester pertinentes face à la double transition numérique et écologique. Pour un comité de direction, le sujet a quitté le terrain de la prospective : selon le rapport Future of Jobs 2025 du Forum économique mondial, 22 % des emplois actuels seront structurellement modifiés d'ici 2030, et la valeur d'une compétence se périme en quelques années. L'enjeu, pour les dirigeants et les DRH, tient moins à lister les compétences que réclamera le marché qu'à les anticiper, les cartographier et les développer avant d'en avoir besoin.
Cet article s'adresse aux dirigeants et aux fonctions RH confrontés à cette accélération. Il propose une lecture des compétences attendues d'ici 2030, des mécanismes par lesquels les métiers se transforment, et surtout des leviers concrets, du strategic workforce planning à l'organisation par les compétences, pour faire de cette transformation un avantage plutôt qu'un risque subi.
Pourquoi les compétences évoluent aussi vite
Trois forces de fond se cumulent et expliquent que la base même des compétences se déplace. Les comprendre est le préalable à toute anticipation.
La première est la transition numérique et l'arrivée de l'intelligence artificielle générative. Elle automatise une part croissante des tâches d'exécution intellectuelle et redéfinit le contenu des postes, bien au-delà des seules fonctions informatiques.
La deuxième est la transition écologique. Le Forum économique mondial estime que les efforts de décarbonation et d'adaptation au changement climatique figureront parmi les principaux moteurs de création d'emplois d'ici 2030, avec une demande nouvelle de compétences vertes diffusée dans tous les secteurs, et pas seulement dans les métiers de l'environnement.
La troisième, particulièrement structurante en France, est démographique. D'après l'étude "Les métiers en 2030" de la DARES et de France Stratégie, le marché français devra pourvoir environ 760 000 postes par an d'ici 2030. Fait marquant, près de 90 % de ces besoins découlent du remplacement des départs en retraite, et seulement 10 % de créations nettes d'emplois. La tension ne vient donc pas seulement des métiers nouveaux, mais du renouvellement massif des effectifs en place.
La nouvelle hiérarchie des compétences attendues d'ici 2030
L'analyse des compétences citées par les employeurs dessine une hiérarchie claire pour la période 2026-2030. Loin d'opposer savoirs techniques et qualités humaines, elle consacre les profils hybrides. Le Forum économique mondial classe ainsi les compétences cœur les plus indispensables selon la part d'employeurs qui les citent.
Source : Future of Jobs Report 2025, Forum économique mondial.
Sur le plan strictement technique, les compétences dont la demande croît le plus vite sont, dans l'ordre, l'intelligence artificielle et le big data, les réseaux et la cybersécurité, puis la littératie technologique. Mais ces expertises ne suffisent pas. La compétence la plus valorisée est l'adaptabilité , c'est-à-dire la capacité à apprendre, désapprendre et réapprendre. Le profil recherché est désormais le collaborateur capable d'apprendre vite, davantage que l'expert hyper-spécialisé. Pour le dirigeant, cela déplace le critère de recrutement et de promotion, de la maîtrise acquise vers la vélocité d'apprentissage.
Transformation des métiers : création, destruction et obsolescence
À l'échelle mondiale, le solde de cette transformation est positif mais trompeur. Le Forum économique mondial projette la création de 170 millions d'emplois d'ici 2030 et la disparition de 92 millions, soit un solde net de 78 millions de postes. Ce chiffre global masque un défi de transfert considérable, car les emplois créés ne requièrent pas les mêmes compétences que ceux qui disparaissent.
Les fonctions en croissance se concentrent autour de la donnée, de l'intelligence artificielle, de la transition énergétique et des interactions humaines complexes, comme le soin et l'éducation. Les fonctions menacées, elles, sont les tâches administratives routinières, la saisie de données et les emplois d'exécution standardisée, directement exposés à l'automatisation. En France, l'étude "Les métiers en 2030" situe les principales créations dans la santé et le grand âge, l'informatique et la recherche, ainsi que la construction portée par la rénovation thermique, où la moitié des postes créés sont des postes de cadres.
Le signal le plus important pour un comité de direction n'est pas le volume, mais le rythme. La demi-vie d'une compétence, soit le temps au bout duquel sa valeur sur le marché diminue de moitié, est aujourd'hui estimée entre deux et cinq ans. Les compétences fondamentales d'environ 40 % des postes devront évoluer d'ici 2030 selon le Forum économique mondial. Un système fondé sur la formation initiale, conçu pour une carrière entière, ne suffit plus. Les talents se fidélisent désormais par la promesse d'une employabilité entretenue, plus que par celle d'un poste à vie.
Intelligence artificielle : compétences valorisées et manager augmenté
L'IA générative frappe d'abord les tâches d'exécution intellectuelle : synthèse de documents, production de code basique, analyse descriptive de données, rédaction de comptes rendus standardisés. À l'inverse, elle valorise les compétences que la machine ne réplique pas : l'esprit critique, la capacité à contextualiser, le jugement éthique et la décision en environnement ambigu.
Pour en tirer parti, une organisation doit développer l'AI literacy de l'ensemble de ses équipes, c'est-à-dire la compréhension des biais des algorithmes, la maîtrise de la formulation des requêtes et l'intégration de l'IA dans les processus métier. C'est la condition d'émergence du manager augmenté, ce cadre qui délègue à la machine le travail transactionnel pour réinvestir le temps gagné dans le management relationnel, le mentorat et la réflexion stratégique.
Cette montée en puissance soulève des enjeux de gouvernance que la seule maîtrise technique ne règle pas. Le Centre for Artificial Intelligence , dirigé par la professeure Margherita Pagani , défend une approche de l'intelligence artificielle centrée sur l'humain qui évalue sa valeur sur quatre niveaux : algorithmique, business, sociétal et éthique. Cette grille aide les dirigeants à passer de l'expérimentation au déploiement à grande échelle sans perdre le contrôle managérial ni la cohérence éthique de l'entreprise. En partenariat avec UC Berkeley, la City St George's University of London et la LUISS, le centre travaille cette articulation entre performance technologique et responsabilité.
Comment l'organisation anticipe, du workforce planning à l'organisation par les compétences
Anticiper suppose de remplacer la gestion par fiches de poste, statique, par une gestion dynamique des compétences. L'outil de cadrage est le strategic workforce planning, dont la traduction française est la gestion des emplois et des parcours professionnels, ou GEPP, qui a succédé à la GPEC. Sa fonction est d'aligner la vision stratégique de l'entreprise avec ses ressources humaines réelles, à partir d'une cartographie actualisée des compétences disponibles et manquantes.
Les organisations les plus avancées vont plus loin et adoptent le modèle de l'organisation par les compétences, ou skills-based organization. Dans ce modèle, le travail est découpé en missions attribuées selon un référentiel de compétences vivant, et non selon les titres hiérarchiques. Là où la structure traditionnelle oblige à recruter ou à licencier dès qu'un besoin change, l'organisation par les compétences recombine les expertises internes au gré des projets, à la manière d'un marché des talents interne. Pour la DRH, l'enjeu devient de rendre visibles et mobilisables les compétences déjà présentes dans l'entreprise, plutôt que de remplir une case vide dans un organigramme.
Les leviers concrets : upskilling, reskilling et mobilité interne
Face au déficit de talents disponibles sur le marché externe, l'entreprise doit devenir son propre vivier. Deux mécanismes complémentaires structurent cette démarche.
L'upskilling maintient la compétitivité à court terme, le reskilling préserve l'employabilité et évite les plans sociaux à moyen terme. La mobilité interne, par la rotation des postes et les projets transverses, complète ces deux leviers. Elle retient les hauts potentiels, comble les manques critiques et évite le coût et le délai d'un recrutement externe. En France, cette ingénierie est soutenue par des dispositifs publics et paritaires, du FNE-Formation, mobilisable face aux mutations économiques et technologiques, à l'appui des OPCO de branche, qui cofinancent les actions et apportent une expertise de structuration des parcours. La formation continue cesse alors d'être une gratification pour devenir un investissement directement lié à la performance.
Le rôle du dirigeant et du DRH dans la conduite du changement
Aucun de ces leviers ne fonctionne sans une culture de l'apprentissage continu, et cette culture se décrète moins qu'elle ne se construit. Elle suppose d'allouer un temps réel à la formation, de valoriser le droit à l'erreur et d'arrimer l'évolution des parcours à l'acquisition de nouveaux savoirs plutôt qu'à la seule ancienneté.
Cette transformation repose sur un capital de confiance. Selon l'Edelman Trust Barometer 2026, 78 % des salariés font confiance à leur employeur, qui demeure l'institution la plus digne de confiance à leurs yeux. Cette confiance est un actif, mais elle est conditionnelle : les salariés attendent des dirigeants un engagement personnel pour accompagner les transformations et apaiser l'anxiété liée à l'IA, et ils jugent largement cet engagement insuffisant. Pour le dirigeant, conduire la transformation des compétences consiste autant à structurer des dispositifs qu'à incarner visiblement le changement qu'il demande à ses équipes.
C'est l'objet d'un programme d'Executive Education : offrir aux dirigeants et aux managers un espace pour prendre du recul, confronter leur pratique à la recherche et à d'autres expériences, et structurer leur stratégie de compétences. L'Executive Education de SKEMA accompagne les dirigeants dans cette démarche, qu'il s'agisse de parcours certifiants en management , de programmes courts ciblés sur une compétence précise, ou du Global Executive MBA, classé 5e mondial par le Financial Times en 2025. La même reconnaissance vaut pour l'accompagnement des entreprises, avec des programmes sur-mesure classés dans le Top 20 mondial du Financial Times en 2025.
Anticiper dès maintenant : une feuille de route pour les dirigeants
La transformation des compétences se pilote comme un projet stratégique, par étapes.
Diagnostiquer
Cartographier les compétences disponibles et identifier les écarts critiques au regard de la stratégie à trois ans.
Prioriser
Sélectionner les familles de compétences à renforcer en priorité selon le secteur et l'exposition à l'automatisation.
Structurer et financer
Combiner upskilling, reskilling et mobilité interne, en mobilisant les dispositifs de financement disponibles.
Mesurer
Suivre l'avancement par des revues régulières et ajuster en fonction des résultats et de l'évolution du marché.
La pérennité d'une organisation ne se mesure plus seulement à ses résultats trimestriels, mais à sa capacité à apprendre et à se réorganiser plus vite que son environnement. C'est là que se joue, concrètement, l'anticipation des compétences de demain.
Questions fréquentes
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Ce sont les aptitudes nécessaires pour s'adapter aux transitions numérique et écologique. Elles combinent des compétences techniques (intelligence artificielle, big data, cybersécurité), des compétences humaines (résilience, créativité, empathie) et des compétences de leadership, l'adaptabilité étant la plus déterminante d'ici 2030.
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Selon le Forum économique mondial, la pensée analytique arrive en tête, citée par 69 % des employeurs, suivie de la résilience et de la flexibilité (67 %), puis du leadership et de l'influence sociale (61 %). Côté technique, la demande croît le plus vite pour l'intelligence artificielle, le big data et la cybersécurité.
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L'upskilling consiste à approfondir les compétences d'un collaborateur dans sa fonction actuelle, pour l'adapter à de nouveaux outils. Le reskilling est une reconversion vers un métier différent, afin d'anticiper la disparition d'un poste. Le premier vise la performance immédiate, le second la préservation de l'employabilité.
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En passant d'une gestion par fiches de poste à une gestion dynamique des compétences. Cela suppose une cartographie actualisée des compétences, un strategic workforce planning (GEPP), une mobilité interne organisée et une culture d'apprentissage continu soutenue par la direction.
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L'IA générative automatise les tâches d'exécution comme la synthèse ou le reporting, et valorise en retour l'esprit critique, le jugement éthique et la décision en environnement complexe. Elle rend nécessaire l'AI literacy des équipes et fait émerger le profil du manager augmenté.
Pour structurer la stratégie de compétences de votre organisation, vous pouvez échanger avec les équipes de SKEMA Executive Education
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