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Exportations françaises : une qualité saluée en Europe, des prix qui freinent encore la compétitivité
Une étude menée avec Rexecode et SKEMA Business School montre que les produits français conservent une image solide sur les critères de qualité, d’innovation et de design auprès des acheteurs européens. Mais cette reconnaissance reste fragilisée par des prix jugés trop élevés, qui dégradent le rapport qualité-prix perçu.
À l’heure où les chaînes de valeur se recomposent et où la concurrence internationale se durcit, les produits français continuent de bénéficier d’une image favorable sur plusieurs marchés européens. C’est l’un des constats d’une étude conduite par Rexecode en partenariat avec SKEMA Business School, à partir d’une enquête réalisée auprès de 480 importateurs européens dans six pays.
Les résultats montrent une France toujours bien identifiée pour ses qualités hors-prix : l’agroalimentaire place le pays au deuxième rang, tandis que les produits pharmaceutiques, d’hygiène-beauté et l’habillement se maintiennent à la troisième place sur ces critères.
Cette perception reste portée par des éléments bien installés : qualité des produits, innovation, design, services associés. Pour Laurent Ferrara, professeur d’économie internationale à SKEMA Business School et président de l’International Institute of Forecasters, cette solidité demeure un point d’appui important pour les exportations françaises. Il observe que « l’image des aspects hors prix des biens de consommation français reste globalement bonne sur le marché européen », même si cette reconnaissance ne suffit plus à compenser certaines fragilités structurelles.
Un positionnement prix qui dégrade la perception globale
Car derrière cette image qualitative, le prix reste le principal point de tension. Dans plusieurs secteurs, les produits français sont jugés plus chers que ceux de leurs concurrents. La situation apparaît particulièrement marquée dans la pharmacie et l’hygiène-beauté, où la France se situe en dernière position sur dix zones économiques comparées. Dans l’agroalimentaire et l’équipement du logement, elle reste aussi reléguée dans la seconde moitié du classement.
Laurent Ferrara souligne que cette faiblesse continue d’affecter directement la perception finale des produits français : selon lui, « notre problème principal vient du fait que les prix des produits sont considérés comme peu compétitifs par rapport à ceux de nos concurrents internationaux », ce qui conduit les importateurs interrogés à juger le rapport qualité-prix moins favorable qu’auparavant.
Une exception subsiste : l’habillement et les accessoires, où la France se classe deuxième sur la compétitivité-prix, un résultat atypique dans l’ensemble du panorama étudié.
Une compétitivité perçue comme incomplète
Cette tension entre qualité reconnue et prix élevés se retrouve dans l’indicateur de rapport qualité-prix. En 2026, la France n’apparaît plus dans la première moitié du classement dans aucun des quatre secteurs étudiés.
Pour Marlène Goncalves Andrade, économiste au sein du pôle Études et Modélisation de Rexecode, cette situation traduit moins une faiblesse isolée qu’un manque d’alignement global. Elle estime que « la compétitivité française repose sur des fondamentaux qualitatifs réels, mais fragmentés », et rappelle que la notoriété ou l’innovation ne suffisent pas seules à emporter la décision d’achat.
Selon elle, la cohérence entre qualité, design et prix devient déterminante au moment où les acheteurs arbitrent entre plusieurs fournisseurs.
Une concurrence européenne toujours sous pression
L’étude confirme aussi la solidité de plusieurs concurrents directs. L'Allemagne conserve une place dominante sur les critères hors-prix grâce à sa réputation de qualité industrielle, malgré des prix eux aussi perçus comme élevés. L'Italie continue de bénéficier d’un avantage net sur le design et l’ergonomie, notamment dans l’habillement. Dans le même temps, les pays d’Europe centrale et orientale gardent un avantage tarifaire fort, tandis que la Chine réduit progressivement son retard sur les critères qualitatifs.
Une lecture utile pour comprendre l’évolution du commerce extérieur
Les résultats rejoignent les tendances observées dans les échanges commerciaux européens. Dans l’habillement, où l’image française reste forte, la part de la France dans les exportations européennes est passée de 12,1 % à 18,6 % entre 1995 et 2024. À l’inverse, dans l’agroalimentaire, la pharmacie-hygiène-beauté et l’équipement du logement, le poids relatif des exportations françaises a été divisé par deux sur la période.
Pour Olivier Redoulès, directeur des études de Rexecode, cette enquête permet de mieux objectiver les leviers industriels à renforcer. Il rappelle qu’elle éclaire « notre capacité à inscrire la réindustrialisation dans la durée » et souligne que, dans un contexte marqué par la remontée des mesures protectionnistes, la compétitivité hors-prix reste un facteur central de résilience pour les exportateurs.