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Pauline Lahary (SKEMA 2012) : "La Chine a été le point de départ de tout"

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Publié le 09 juin 2026

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Diplômée du programme Grande Ecole de SKEMA Business School, Forbes 2025, passée par le campus de Suzhou, entrepreneure instinctive, fondatrice de MyCVFactory puis d’Oliimpe, Pauline Lahary a construit son parcours entre international, rencontres décisives et virages stratégiques. Après avoir vécu cinq ans en Chine, lancé puis revendu sa première entreprise, elle développe aujourd’hui un nouveau projet autour de la transmission patrimoniale et de l’intelligence artificielle.

Votre parcours SKEMA est très lié à l’international. Est-ce que la Chine a été un tournant pour vous ?

Oui, complètement. J’ai choisi le CERAM, devenu SKEMA, pour cette ouverture internationale. Le campus chinois, de Suzhou ouvrait un an après mon arrivée et j’ai voulu saisir cette opportunité. Au total, j’ai vécu cinq ans en Chine. J’y ai rencontré mon mari, j’y ai lancé ma première entreprise, et j’y ai construit une grande partie de mon réseau.

La Chine a été le point de départ de tout. Les rencontres que j’y ai faites ont eu un rôle majeur dans ma trajectoire. Ce sont des liens qui existent encore aujourd’hui : certains amis rencontrés là-bas sont devenus les parrains et marraines de nos enfants.

Vous dites souvent que votre parcours s’est construit par des rencontres. C’est presque une méthode chez vous ?

Je crois que je fonctionne beaucoup à l’intuition. Avec le recul, je réalise que certaines décisions qui semblaient peu rationnelles sur le moment se sont révélées déterminantes. Et certaines rencontres, ont changé beaucoup de choses dix ans plus tard.

Quand j’étais en Chine, j’ai rencontré des personnes qui sont ensuite devenues des repères très importants dans mon parcours. Dan Serfaty, co-fondateur de Viadeo était mon client quand j’étais Commerciale chez Altime. 

Il m’a fait rencontrer son associé, Thierry Lunati, qui est progressivement devenu mon coach, mon mentor, et encore aujourd’hui un élément clé dans l’aventure Oliimpe. Je lui dis souvent qu’il est ma botte secrète de la réussite. C’est aussi en Chine que j’ai rencontré Cécile Fagot, qui a ensuite rejoint MyCVFactory et a transformé notre vision produit, notre approche de la levée de fonds et du rachat.

Avant MyCVFactory, vous avez travaillé chez Altima, puis Accenture, en Chine. Qu’est-ce que cette expérience vous a apporté ?

J’y ai énormément appris. À l’époque, Altima travaillait sur des sujets très structurants pour le digital : sites web, référencement, SEO, SEM, acquisition. J’ai appris comment créer un site, comment développer un business digital, comment vendre et comment accompagner des clients exigeants. Cette expérience a surtout été une école entrepreneuriale très forte, avec des personnes qui m’ont marquée durablement.

Au-delà des compétences, cette période a été un tremplin humain. J’ai travaillé avec des entrepreneurs dans l’âme, des personnes que l’on n’oublie pas, et qui continuent parfois à jouer un rôle très concret dans la suite du parcours.

MyCVFactory est née dans ce contexte. Quelle était l’idée de départ ?

MyCVFactory était un outil de CV en ligne destiné aux jeunes. À l’époque, il n’y avait pas d’intelligence artificielle. Nous faisions partie des premiers acteurs sur ce marché. Puis la concurrence est arrivée, avec des outils comme Canva, et le secteur s’est transformé.

Au fil du temps, la question est devenue : comment générer le meilleur CV en un clic ? Comment séduire un public jeune, de plus en plus difficile à impressionner ? Et moi, en même temps, je m’éloignais de ce public.

Vous avez levé des fonds, puis vendu l’entreprise un an plus tard. Pourquoi ce timing ?

Nous avons vendu MyCVFactory à un moment où le marché de l’emploi, de la formation et des outils candidats était en pleine transformation. L’IA générative ouvrait de nouvelles perspectives, mais elle obligeait aussi les acteurs historiques à repenser leur proposition de valeur.

 

Aujourd’hui, Oliimpe développe une plateforme de relation client et d’intelligence patrimoniale destinée aux notaires

 

Pour moi, l’enjeu était clair : MyCVFactory devait rejoindre un groupe capable de lui donner plus de moyens, plus de distribution et une nouvelle profondeur stratégique. La cession s’est donc inscrite dans une logique de développement, pas de retrait. C’était le bon moment pour passer un cap, adosser l’entreprise à un acteur solide et lui permettre de continuer à évoluer dans un marché qui changeait très vite.

Vous avez ensuite lancé Oliimpe. Quel est le projet aujourd’hui ?

Oliimpe a beaucoup évolué depuis l’idée de départ. Au départ, je m’intéressais aux sujets de transmission familiale et patrimoniale. En échangeant avec le marché, j’ai progressivement identifié un besoin beaucoup plus concret autour de la relation client dans les études notariales.

 

Oliimpe analyse ces données et repère les profils à contacter : une personne de 60 ans, avec plusieurs enfants, des biens immobiliers, un contexte patrimonial qui peut justifier une discussion sur la donation ou la transmission.

 

Aujourd’hui, Oliimpe développe une plateforme de relation client et d’intelligence patrimoniale destinée aux notaires. L’objectif est d’aider les études à mieux accompagner leurs clients tout au long des grandes étapes de leur vie patrimoniale : donation, transmission, succession et accompagnement des familles.

Concrètement, à quoi sert Oliimpe pour une étude notariale ?

Un notaire a souvent des milliers de clients dans sa base, mais il n’a pas toujours le temps ni les outils pour l’exploiter. Oliimpe analyse ces données et repère les profils à contacter : une personne de 60 ans, avec plusieurs enfants, des biens immobiliers, un contexte patrimonial qui peut justifier une discussion sur la donation ou la transmission.

L’objectif est d’aider le notaire à être plus proactif, sans le transformer en commercial. C’est un peu comme un médecin de famille : il accompagne, mais il n’a pas forcément les outils pour anticiper chaque besoin. Nous voulons lui donner cette infrastructure.

L’intelligence artificielle est au cœur du projet ?

Oui. Oliimpe repose sur l’IA. Nous utilisons l’intelligence artificielle pour analyser les bases clients, identifier les situations patrimoniales pertinentes et faire émerger des opportunités d’accompagnement. Ce n’est pas une IA généraliste qui prétend tout faire. Elle réalise un travail ciblé, mais à grande échelle. L’enjeu est de permettre aux notaires d’anticiper un phénomène massif : dans les dix prochaines années, une grande partie du patrimoine des baby-boomers va changer de mains. Les notaires ont un rôle essentiel à jouer dans cette transition patrimoniale. Notre ambition est de leur donner les outils pour l’anticiper plutôt que de la gérer une fois qu’elle est déjà engagée.

 

Je ne m’y attendais pas du tout. J’étais à la maternité quand je l’ai appris, donc forcément, le moment était très particulier.

 

Le secteur notarial est-il prêt pour ce type d’outil ?

Le secteur dispose déjà d’outils performants sur certains aspects, comme la génération d’actes ou la signature électronique, mais la relation client et l’exploitation des données restent encore peu digitalisées. C’est précisément sur ce terrain qu’Oliimpe veut apporter de la valeur.

C’est aussi une profession réglementée. La confiance est centrale, notamment sur les données. Il faut prouver que l’hébergement est en France, que l’outil est conforme, que les données sont sécurisées. La phase de due diligence est plus lourde que dans le monde des écoles, que je connaissais avec MyCVFactory. Mais une fois que l’outil fonctionne dans une étude, je pense que l’on s’y installe pour longtemps.

Vous avez également été distinguée par Forbes. Comment avez-vous vécu cette reconnaissance ?

Je ne m’y attendais pas du tout. J’étais à la maternité quand je l’ai appris, donc forcément, le moment était très particulier. C’était à la fois drôle, émouvant et très symbolique : je venais d’avoir un enfant, et je recevais en même temps une reconnaissance forte de mon parcours entrepreneurial. J’ai aussi été nominée aux SKEMA Awards en Mars 2026, ce qui a été une autre belle reconnaissance de mon parcours.

Cela m’a apporté de la visibilité, des invitations à des événements business, à des événements autour de l’entrepreneuriat féminin, et de nouveaux réseaux. C’est une reconnaissance que j’ai accueillie avec beaucoup de gratitude, parce qu’elle mettait en lumière un parcours construit dans la durée, avec ses prises de risque, ses pivots et ses apprentissages.

Avec le recul, quel fil rouge reliez-vous à votre parcours ?

L’instinct, les rencontres et la capacité à changer de trajectoire au bon moment. J’ai souvent avancé sans plan figé. Mais certaines personnes sont arrivées au bon moment, dans le bon contexte, et ont changé ma façon de voir les choses. La Chine a déclenché beaucoup de ces rencontres. MyCVFactory m’a appris à construire, à vendre, à pivoter. Oliimpe me permet aujourd’hui de construire un projet à l’intersection de trois sujets qui me passionnent : la technologie, la relation client et la transmission. C’est probablement le projet le plus ambitieux que j’aie porté jusqu’à présent.

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