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Entrepreneuriat : Raphaël Kazbik, l’alumnus qui veut faire grandir les chaussures avec les enfants
Diplômé du MSc Financial Markets & Investments de SKEMA Business School, Raphaël Kazbik (SKEMA 2006) a passé près de vingt ans dans la finance internationale, principalement au sein de la banque d’investissement d’UBS, à Zurich, en Suisse. En 2025, il quitte la banque pour se consacrer à Nanoush Eversole, une start-up qu’il a cofondée avec sa sœur, Yasaman, et qui développe une chaussure évolutive pour enfants, capable d’accompagner la croissance du pied sur trois pointures. Une innovation déjà récompensée par une médaille d’argent au concours Lépine 2026.
Le moins que l’on puisse dire, c’est qu’avant de se lancer dans l’entrepreneuriat, Raphaël Kazbik a construit une solide carrière dans la finance. Dans cet univers, où la vitesse d’analyse, la précision et la prise de décision font partie du quotidien, le diplômé affiche un CV qui impressionne.
Formé à l’ingénierie électronique et aux systèmes d’information, il rejoint SKEMA Business School en 2005 pour suivre le MSc Financial Markets & Investments à Sophia Antipolis. À l’époque, son objectif est clair : intégrer une banque d’investissement, dans un environnement international. "Mon but était de travailler dans une salle des marchés, de préférence à l’étranger. Je voulais voyager, évoluer dans un environnement beaucoup plus international", explique-t-il.
Le pari est réussi. Après un premier passage par Dexia, puis Crédit Suisse, Raphaël Kazbik rejoint UBS à Zurich en 2007. Il y passera dix-huit ans, d’abord sur les dérivés actions, puis sur les dérivés de taux, au sein du département de financement. Il devient ensuite Head of Trading de ces activités, puis Head of Sales & Trading au sein de la banque d’investissement d’UBS.
J’avais une très bonne situation avec beaucoup de responsabilités, une équipe formidable, mais j’aime les challenges.
Cette carrière lui laisse le souvenir d’un environnement exigeant, et formateur. "La banque d’investissement a été une très bonne école pour moi. C’est un univers international, polyglotte, multiculturel, où il faut être rapide et trouver des solutions." Dans ces métiers, poursuit-il, "ce n'est pas le grade qui tranche mais la pertinence de l'idée."
Le choix d’une seconde vie entrepreneuriale
En 2025, après près de deux décennies chez UBS, Raphaël Kazbik décide de changer de trajectoire. À ce stade de sa carrière, il occupe une position solide, à la tête d’une équipe mondialement reconnue, lauréate une décennie entière des prix de l’industrie et évolue dans un secteur qu’il aime et connaît parfaitement. Mais l’envie d’entreprendre revient avec force. "Être entrepreneur, c'était mon rêve de toujours. Alors je me suis dit : si je dois me lancer, c'est maintenant ou jamais."
Le choix n’a rien d’évident. Quitter une carrière établie, une rémunération confortable et un environnement intellectuel stimulant implique une bascule nette. Mais l’entrepreneur assume cette rupture. "J’avais une très bonne situation avec beaucoup de responsabilités, une équipe formidable, mais j’aime les challenges. Pour moi, le next step était de lancer ma boîte."
Cette nouvelle aventure, il ne la mène pas seul. Elle prend forme avec sa sœur, dans une logique familiale, autour d’un problème vécu par de nombreux parents : les enfants grandissent vite, leurs pieds encore plus, et les chaussures se retrouvent remplacées plusieurs fois par an.
L’idée de Nanoush Eversole naît de cette observation simple, presque domestique, mais concrète. Comme souvent, l’innovation commence par un irritant du quotidien, preuve que même les placards à chaussures peuvent produire autre chose que du désordre...
Une chaussure pensée pour accompagner la croissance
Nanoush Eversole s’adresse aux enfants chaussant du 22 au 32 (18 mois à 6 ans), une période pendant laquelle les pieds évoluent vite. En moyenne, un enfant peut prendre plusieurs pointures par an. La start-up a donc conçu une chaussure capable de couvrir trois tailles avec une seule paire. Le principe repose sur une structure extensible et un système de semelles interchangeables. Les parents achètent une paire accompagnée de trois semelles correspondant à trois pointures. Une seule paire de chaussure peut ainsi couvrir, par exemple, les tailles 22, 23 et 24, avant qu’une nouvelle paire ne prenne le relais pour les pointures suivantes.
"Nous avons voulu créer une paire de chaussures qui permette d’avoir trois tailles en une seule paire", résume Raphaël Kazbik. L’objectif n’est pas seulement économique. Il s’agit aussi de réduire le gaspillage, dans un marché où les chaussures pour enfants sont souvent remplacées avant même d’être usées.
La chaussure a été conçue selon une approche "barefoot" (pieds nus), afin de favoriser un mouvement naturel du pied et son bon développement. "L’enfant a la sensation de marcher pieds nus. C’est ce que recommandent les orthopédistes", explique l’entrepreneur. Pour Nanoush Eversole, le défi consistait donc à intégrer cette physiologie dans une chaussure évolutive, résistante et esthétique.
Deux ans de recherche et une fabrication européenne
Le développement du produit a nécessité deux ans de recherche. Selon les éléments communiqués par Nanoush SA, l’équipe a interrogé 300 parents et consulté 50 experts, parmi lesquels des spécialistes de la chaussure, du design, du sport, de la biomécanique et de l’orthopédie. La technologie repose sur un système breveté, baptisé eversole.
La production est réalisée au Portugal, un choix cohérent avec l’ambition qualitative du projet. Un point décisif pour un produit destiné aux jeunes enfants, rarement connus pour traiter leurs chaussures comme des porcelaines Ming. "On sait très bien que les enfants vont faire de la trottinette, sauter à la marelle, taper dans un ballon, courir, tomber et abîmer la chaussure. Nous avons pris tout cela en compte et soumis nos modèles à rude épreuve", précise Raphaël Kazbik.
Une innovation récompensée au concours Lépine et le 20h de TF1
En mai 2026, Nanoush Eversole franchit une étape importante en recevant la médaille d’argent au 125e concours Lépine International Paris. Pour la jeune entreprise, cette distinction représente une reconnaissance forte. "Pour nous, la participation était déjà une reconnaissance en soi. La médaille d’argent était la cerise sur le gâteau", confie Raphaël Kazbik. Au-delà du prix, l’événement permet à l’équipe de tester son concept auprès du public, de recueillir les réactions de parents, de professionnels de santé et d’acteurs de l’industrie.
L’exposition médiatique suit. Nanoush Eversole est notamment présenté dans l’émission Télématin, sur France 2, au 20H de TF1, ainsi que dans plusieurs médias spécialisés dans l’univers de l’enfance et de la famille. Sur LinkedIn, la start-up résume sa promesse en une formule directe : "One shoe. Three sizes. One solution."
Des préventes déjà lancées
Nanoush Eversole prépare désormais son lancement commercial. L’inscription aux préventes est accessible via ce site et elles démarreront en 2026, avec une campagne de crowdfunding sur Kickstarter. L’objectif est de valider l’intérêt du marché avant une montée en puissance industrielle en 2027.
Des pop-ups stores
La marque envisage aussi des pop-up stores, afin de permettre aux parents de voir, toucher et essayer les chaussures. Car dans ce secteur, le produit doit convaincre par l’usage autant que par le discours… Pour Raphaël Kazbik, cette nouvelle étape marque le début d’une seconde partie de carrière. "Je reste financier dans l’âme avec les exigences qui en découlent. Mais aujourd’hui, nous menons le navire de l’entreprise ma sœur et moi. Construire quelque chose de A à Z, et en famille, c’est un rêve qui prend forme."