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Makes Sense? : de Tetris à Minecraft, comment construire la sustainability ?
Pendant des années, la sustainability a ressemblé à une partie de Tetris : chaque équipe empilait ses blocs dans son coin, avec pour mission de collecter des données et de produire des rapports. Aujourd’hui, le jeu se rapproche davantage de Minecraft. Les entreprises avancent à partir d’une vision commune et construisent ensemble des solutions. Dans ce nouvel épisode de Makes Sense?, Mary Michaelides échange avec Antoine Kunsch (SKEMA 2012), Director of Sustainability chez Red Bull, autour de la performance, de la coopération et de la trajectoire vers le net zéro.
De Tetris à Minecraft
Lorsqu’Antoine Kunsch débute sa carrière, au début des années 2010, la sustainability reste le domaine de petites équipes. Leur rôle consiste alors à rassembler des données issues de différents services, puis à leur donner une cohérence. "Notre équipe se résumait à deux personnes. Nous devions réunir tous les éléments pour raconter une histoire cohérente", se souvient-il.
Quinze ans plus tard, le cadre a changé. Les entreprises ne se contentent plus de mesurer leur impact : elles définissent des trajectoires de décarbonation et cherchent à les intégrer dans leur fonctionnement. Les achats, la logistique, la production ou l’événementiel participent désormais à l’effort.*
« Nous ne cherchons plus simplement à assembler des blocs. Nous savons quelle direction prendre et nous jouons en équipe. »
Ce passage de Tetris à Minecraft traduit une évolution profonde. La sustainability n’est plus un sujet isolé, confié à quelques spécialistes. Elle devient un projet collectif, qui oblige les entreprises à revoir leur manière de produire, de décider et de collaborer.
Performance et sustainability, un même combat
Chez Red Bull, la performance occupe une place centrale. Pour Antoine Kunsch, elle ne s’oppose pas à la sustainability. Les deux peuvent au contraire avancer ensemble.
"De nombreuses entreprises utilisent désormais la sustainability comme un levier pour améliorer leur performance. Elles ne la considèrent plus seulement comme un centre de coûts." La canette en aluminium en offre une illustration concrète. Lorsqu’elle est récupérée et recyclée, les besoins en énergie et en matières premières diminuent. Cette logique permet de réduire l’impact, sans pour autant le faire disparaître. "On ne peut pas créer un produit sans provoquer un impact quelque part. Affirmer le contraire serait trompeur", reconnaît Antoine Kunsch.
La trajectoire vers le net zéro repose donc sur un principe simple : réduire les émissions à la source avant de penser à les compenser. La compensation n’intervient que pour la part résiduelle, lorsque les autres leviers ont été activés.
Cette approche impose de regarder, en conscience, les activités de l’entreprise dans leur ensemble. Elle demande aussi de distinguer les promesses des transformations réelles, exercice auquel les organisations se livrent avec un enthousiasme variable, comme souvent lorsqu’il faut passer du slogan à la réalité concrète.
Construire avec les autres
Les équipes chargées de la sustainability fixent une direction, proposent des outils et accompagnent les métiers. Elles ne peuvent cependant pas tout décider seules. « Je peux donner des outils aux équipes. Ce sont elles qui les intègrent à leurs pratiques. C’est un jeu collectif », explique l'alumnus. Les solutions émergent donc au plus près du terrain. Les équipes achats peuvent revoir leurs critères de sélection, la logistique peut repenser les flux et les responsables d’événements peuvent agir sur les déplacements ou les matériaux utilisés.
"Ils connaissent leur activité bien mieux que je ne la connaîtrai jamais"
Les fournisseurs jouent aussi un rôle central dans cette transformation. Leur connaissance des procédés et des contraintes leur permet d’identifier des pistes que les équipes internes ne voient pas toujours. « Ils connaissent leur activité bien mieux que je ne la connaîtrai jamais », reconnaît Antoine Kunsch.
La manière d’avancer varie aussi selon les pays. L’Europe encadre davantage les moyens et les étapes, tandis que la Californie fixe une destination et laisse le marché tracer la route. Deux modèles différents, mais un même objectif : accélérer la transformation.
Rester dans le jeu
Ni Tetris ni Minecraft ne possèdent de véritable fin. La sustainability non plus. Les objectifs évoluent, les technologies progressent et de nouveaux défis apparaissent. "J’aimerais que nous puissions résoudre le problème une fois pour toutes. Mais je ne pense pas que ce soit le cas", ajuste Antoine Kunsch. Ce dernier résume cette idée en une phrase : "L’objectif final, c’est de rester dans le jeu."